La Madeleine et le macaron de Jean-Marie Chevrier

Nous avons demandé aux auteurs sélectionnés pour La Voix des lecteurs de répondre à un petit questionnaire intitulé « La Madeleine et le macaron »… L’occasion de découvrir un peu plus qui se cache derrière les mots.

La Compagnie d’Ulysse de Jean-Marie Chevrier publié aux éditions Albin Michel est sélectionné pour la Voix des lecteurs.

1. « Les mots sont comme des rayons X ; si l’on s’en sert convenablement, ils transpercent n’importe quoi » - Aldous Huxley : Quel est votre mot préféré ?

J’aurais besoin de deux mots, le premier serait « extravagant », en hommage à Baudelaire et à sa passante : moi, je buvais, crispé comme un extravagant…la douceur qui fascine et le plaisir qui tue parce qu’il évoque cette longue errance qui nous fait tourner autour du secret du monde que l’écriture voudrait débusquer.

L’autre serait « oui » en hommage à Joyce parce que c’est le dernier mot d’Ulysse et qu’il dit qu’on accepte qu’il en soit ainsi.

2. « La musique, c’est du bruit qui pense » - Victor Hugo : Quelle musique vous aide à penser, à écrire ?

La musique baroque en général et plus particulièrement les pièces de Marin Marais pour viole de gambe parce que le son approche au plus près la déchirure de la voix humaine.

3. « Une heure de lecture est le remède souverain aux dégoûts de la vie » - Montesquieu : Quels sont vos livres de chevet, ceux qui accompagnent votre vie ?

Réponse presque impossible, si nombreux furent les auteurs qui accompagnèrent ma vie. Je me résigne à n’en conserver que trois : Jacques Audiberti et Paul Claudel, romanciers, poètes, hommes de théâtre. Baroque chacun à sa façon et Samuel Beckett pour m’entraîner dans les parages où nul n’ose s’aventurer : Virgile servant de guide à Dante aux Enfers.

4. « Sur les étagères des bibliothèques, je vis un monde surgir de l’horizon » - Jack London : Quelle place accordez-vous à la lecture ?

Prépondérante parce que la vie est notoirement insuffisante.

5. « Les métiers sans ennuis sont les métiers qu’on ne fait pas » - Alain : Quel est le métier que vous n'auriez pas aimé faire ?

Tuer des bêtes. Dieu les a créées pour leur innocence et la cruelle nécessité de les manger pour vivre me renvoie au triomphe du démon dans la destinée humaine. Seule l’explication gnostique apporte une réponse à cette contradiction : les aimer d’un cœur sincère et les tuer pour les dévorer. Alors, lâchement, je délègue à d’autres le soin de ma tranche de jambon.

6. « Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait non du modèle, mais de l’artiste » - Oscar Wilde : Où se situe la part autobiographique de vos écrits ?

Partout bien-sûr. Pour s’épanouir l’imagination la plus débridée n’a d’autre recours que ce que la vie nous donne. Les plus folles divagations ont leurs racines en nos recoins les plus intimes. Entre le « Je » et le « Il » la paroi est mince. Elle n’est que question de méthodes ou de choix esthétiques. Peut-être du plaisir du travestissement.

7. « Si tous les gens du monde voulaient se donner la main » - Paul Fort - Quelle suite donneriez-vous à cette comptine ?

Si tous les gars du monde voulaient s’donner la main
Ça tirerait forcément à hue et à dia.

8. Que vous inspirent ces mots de Boris Vian ? « Il est évident que le poète écrit sous le coup de l’inspiration, mais il y a des gens à qui les coups ne font rien »

Ne tombons pas dans le piège de la grâce des Muses. Elles savent flatter nos penchants les plus méprisables. Mais soyons simple : ceux qui sont insensibles aux coups ne sont pas poètes. L’art consisterait à recevoir les coups en les esquivant suffisamment pour ne pas tomber KO. Souffrir un peu, mais pas trop et faire une force de notre faiblesse. Un art martial en quelque sorte.

9. « Je ne crois pas à l’au-delà mais j’emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange » - Woody Allen : Si un dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire ?

Je t’ai réservé une place avec vue sur la terre.

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