Rencontre avec Robin Cousin

Auteur de bande dessinée, il est en résidence à la Maison des étudiants (Université de Poitiers) jusqu’en février 2019 afin de travailler à la thématique suivante : Les sciences peuvent-elle encore sauver le monde ?

  • Vous êtes actuellement en résidence à la Maison des étudiants (Université de Poitiers) pour laquelle un projet dont la thématique « Les sciences peuvent-elles encore sauver le monde » est annoncée. C’est un thème très vaste et ambitieux, avez-vous déjà trouvé des axes de réflexions ? Des personnes à rencontrer ? Pouvez-vous nous dire comment vous comptez l’aborder ?

Le thème est volontairement vaste en effet. Il s’agit de questionner les problèmes auxquels est confronté notre monde, à travers le prisme des sciences. J’ai déjà rencontré 6 chercheu.ses.rs de l’université de Poitiers pour leur demander ce qui selon elles.eux a besoin d’être sauvé et ce que la science peut y faire. Mes discussions avec les chercheu.ses.rs m’ont fait comprendre qu’il s’agissait surtout d’une question politique. Est-ce que la science peut aider la politique et quelles sont ses limites ? Pour aborder la complexité de la question, j’ai eu dès le début envie d’utiliser la fiction. Je ne veux pas faire une BD documentaire, mais raconter une histoire avec toutes ces idées, ce qui permet de ne pas figer la réflexion, montrer la complexité des problèmes et les contradictions des points de vue en les faisant porter par des personnages. L’histoire suivra donc une étudiante qui prend conscience de toutes ces questions.

  • Le travail en résidence / le travail quotidien qu’est-ce qui diffère ? Condition d’autonomie (financière – logistique …) Cela facilite-t-il le travail de création ? 

Le travail en résidence ressemble beaucoup à mon travail quotidien : beaucoup de temps derrière mon bureau. Mais la résidence amène beaucoup de changements très stimulants. Tout d’abord, le fait de savoir qu’on a un projet à mener en un temps relativement court est à la fois stressant et grisant. On découvre plein de nouveaux lieux et on rencontre beaucoup de nouvelles personnes passionnantes. C’est très inspirant. Il y a aussi le travail avec les lycéens et les étudiants qui est très enrichissant.

  • Nous savons que ce thème est en lien étroit avec vos ouvrages précédents, envisagez-vous de travailler sur une autre thématique ? Pourquoi cet intérêt pour les sciences, les nouvelles technologies ?  

C’est une question difficile. Je ne dirais pas que la thématique est proche, mais plutôt la manière que j’ai de travailler sur un sujet. C’est vrai que j’aime beaucoup les sciences, mais les sciences abordent des aspects très différents de la vie et du monde. Comme l’art. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir justement les limites de ce que peut décrire la méthode scientifique. Je pense que c’est quand il s’aventure au-delà de cette limite que le travail artistique m’intéresse le plus.

  • Est-ce un moyen de résister, d’expliquer ?

Pour le thème de ma résidence qui est très proche de celui de « des milliards de miroirs » qui sort en janvier aux éditions Flblb, il est vrai que la question de la  catastrophe écologique est très vive pour moi en ce moment. Je pense qu’en parler, expliquer et aussi proposer des pistes de solutions est une manière pour moi de participer à un mouvement de résistance qui me semble nécessaire.

  • La réalisation de vos précédents livres a dû demander une documentation et une recherche spécifique, est-ce une manière de travailler que vous appréciez particulièrement ?

Oui, j’adore le moment de la documentation. Souvent, c’est même ce qui décide du sujet d’un nouveau livre. Ça part souvent d’une question qui m’intéresse et que j’ai envie d’approfondir. Faire un livre est un bon prétexte pour apprendre de nouvelles choses.

  • Comment s’organise le travail de création ? Le dessin vient-il seulement dans un second temps ou accompagne-t-il le travail de recherche ?

J’ai tendance à beaucoup séparer le dessin et l’écriture, mais j’essaie de plus en plus de les mêler. En général le dessin commence à arriver quand la première phase d’écriture a débuté et que je bloque sur certains aspects. Dessiner un personnage dans ces moments, je pense que c’est comme trouver un acteur. Dans le dessin, on ne maîtrise pas tout et les accidents nourrissent l’écriture. Une fois qu’on a trouvé le visage d’un personnage, il impose sa logique au récit.
 

  • Les sciences, la philosophie ont toujours été une forte source d’inspiration pour la bande dessinée… Ce medium se prête-t-il mieux qu’un autre à ce genre de questionnement ? L’image permet-elle une double lecture qui faciliterait une certaine vulgarisation ?

C’est vrai que la juxtaposition de textes et d’images est très pratique pour faire de la vulgarisation. On pense très vite aux manuels scolaires. Mais je ne pense pas qu’un médium est plus efficace qu’un autre selon le sujet. Chacun à sa force et ses limites. J’envisage la BD surtout comme un moyen de raconter des histoires. Ce qui est intéressant dans ce médium, c’est que la plus grande partie de l’histoire n’est ni écrite ni dessinée. Elle est ce qui se passe entre les cases et que le lecteur interprète.

  • Le profil de Jean Melville, publié aux éditions Flblb en 2016, est aussi disponible gratuitement sous licence creative Commons (cc), pouvez-vous nous dire quelle est la démarche derrière ces deux lettres ? 

Le Profil de Jean Melville m’a fait découvrir les questions liées au logiciel libre et au droit d’auteur très vives dans la communauté des hackers. La licence creative commons permet de diffuser une œuvre en laissant plus ou moins de liberté au lecteur. Le Profil peut ainsi être partagé gratuitement, réutilisé et modifié à condition que ce ne soit pas pour un usage commercial. L’idée de communauté est très importante dans les sciences. Les travaux s’influencent se contredisent et se construisent les uns sur les autres. J’aimerais bien que ces idées infusent davantage dans la communauté des artistes. Pour moi le plus important, c’est d’être lu. Beaucoup de lecteurs ont découvert le livre gratuit sur internet et l’ont ensuite acheté pour avoir la version papier ou pour l’offrir. C’est très difficile de vivre du métier d’auteur de BD, mais proposer son travail gratuitement sur internet ne fait pas perdre d’argent, cela fait surtout gagner des lecteurs.
 

  • Quels sont vos envies et projets à venir ?

J’ai deux projets de collaborations à venir qui sont tous les deux des récits d’aventures et de science-fiction. Le travail d’auteur de BD peut être très solitaire et cela fait du bien de travailler avec d’autres. J’ai aussi un projet de recueil de strip comiques. Et mon prochain gros projet en solo racontera l’histoire d’un chercheur (encore !) qui cherche à fabriquer un robot doté de conscience.

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