Anna qui chante Sonia Paoloni Eloïse Rey

L’album

Il était une fois un roi, qui chérissait -trop- sa petite fille Judith. Enfermée dans une tour, la jeune princesse s'ennuie... C'est alors que le roi décide de kidnapper les petites filles du village pour tenir compagnie à Judith.


La chronique de Claude

Le livre est très beau par sa texture et ses couleurs lumineuses et vives.
Les dessins d’Éloïse Rey, diplômée de l’École Supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg, sont harmonieux et très parlants.
Certains propos de l’auteur, Sonia Paoloni concernant le roi m’interroge.
Je pense qu'il existe une deuxième lecture beaucoup plus violente. Je veux parler d’inceste et de pédophilie.
« on disait que le roi l’aimait au-dessus de tout et qu’il était prêt à faire n’importe quoi pour la rendre heureuse » « il disait l’aimer bien plus qu’il ne s’aimait lui-même »  « … combien il lui offrait de cadeaux et se sacrifiait pour elle » « tu auras un enfant pour jouer » ces mots, à mon avis sont chargés de sens.
En continuant la lecture, j’apprends que le père prive sa fille de toute liberté, je suis dubitative sur la réalité de son amour. Cette situation s’accroit tout au long du récit véhiculée par les nombreux messages subliminaux .
Le roi est plus qu’un tyran il fait preuve de despotisme vis à vis de son enfant.
 
Ce roi a un air de ressemblance avec notre président : « il est tout puissant, il domine tout le monde. Il dicte de mauvaises lois et oblige les gens à travailler du lever du soleil au lever de la lune »
Il exige des impôts énormes pour remplir ses coffres. Ceci lui permet d’agrandir son château.
il a des gardes qui terrorisent la population. Quiconque se rebelle va en prison. Les habitants fatigués ont perdu la force de se révolter. »
 
Puis à nouveau les messages à double sens sur le danger concernant les petites filles « gare aux cavaliers qui rôdent » « Ma fille méfie-toi des gardes » « Ma fille ne sort pas seule ».
Il y a de nombreux enlèvements de petites filles. Plusieurs dessins s’apparentent à la terreur des enfants face à l’adulte tout puissant. (Une ombre gigantesque face à deux enfants se tenant par la main et pleurant. Des enfants agglutinés dans une pièce où la peur se lit sur leur visage, etc.)
 
Arrive enfin la petite fille qui va sauver tous les autres enfants, y compris Judith. Pour cela, elle n’hésite pas à la culpabiliser sur le fait qu’elle n’est pas au courant de la vérité concernant sa naissance et des peines causées par son père, le roi. Avons-nous une responsabilité concernant les actes de nos parents ?
 
Et que penser de ce dessin où le roi immense, furieux bâillonne cette petite fille ?
Quand dans un cri Judith ose dire STOP à son père, elle grandit et le roi devient tout petit ! C’est ainsi que toutes les jeunes filles se libèrent du château maudit. La parole des filles se libère et le roi se fige en pierre.
 
Judith n’a plus peur de dire NON.
 
C’est un très beau conte philosophique sur la nature humaine.

Les auteurs

Sonia Paoloni écrit pour Biscoto depuis le tout premier numéro. Elle réalise différentes rubriques, souvent avec une teinte philosophique. Elle est également lissière et peintre.

 

Née en 1983 en Haute-Savoie, Eloïse Rey est diplômée de l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (HEAR) depuis 2009, et travaille aujourd'hui en tant que graphiste et illustratrice free-lance.
Depuis 2013, elle collabore au journal pour enfants Biscoto, et dirige la publication du journal de propagande poétique La Tribune du Jelly Rodger, créé à 4 mains avec le poète Seream.
Chargée de cours en graphisme pour le CFPI (Centre de Formation des Plasticiens Intervenants) à la HEAR, elle encadre régulièrement des ateliers d'illustration à la Maison du Jeune Citoyen de Schiltigheim.