Publié le 06/09/2017

Fra Camboulive

Gaston Chérau Hachette (Paris) 1929

Roman d’aventure picaresque, se jouant des codes (et de la morale), Fra Camboulive est aussi une moquerie de l’Italie fasciste de Mussolini.

Dès sa parution en août 1929 en épisodes dans la revue Lectures pour tous l’éditeur annonce la couleur : « C’est un pendant à l'inoubliable Tartarin que nous donne le célèbre écrivain Gaston Chérau dans ce roman qui est un petit chef-d’œuvre de gaité et campe un type, d'une cocasserie irrésistible, rival moderne du fameux brigand calabrais fra Diavolo. »

Gaston Chérau donne aussi le ton avec sous-titre du manuscrit : « Roman humoristique et de grandes aventures. »

L’histoire commence ainsi : À la suite d'un malheureux concours de circonstances, un brave et honnête homme de Saint-Flour, monsieur Camboulive, qui se rendait en train à Marvejols pour y acheter une ferme, se retrouve à Catanzaro dans le milieu des brigands de Calabre. Devenu le général Camboulo, il rançonne sans violence les riches propriétaires et les compagnies d'assurance avec la protection secrète de la police locale. Pour cette dernière, en effet, les brigands font partie du patrimoine calabrais et sont l'un des attraits touristiques de la région, d'autant plus que le général Camboulo redistribue largement autour de lui les richesses dérobées...

Entre polar et roman d’aventure, « ce savoureux roman picaresque, bourré d’humour et de dérision, met en scène une Italie d’opérette qui n’a pas dû plaire à Mussolini. Il débute par « sept avertissements nécessaires », annonciateurs d’un récit à la fantaisie débridée. » (in Gaston Chérau : romancier de la province française, Françoise Bertrand-Py, Éric Surget, 1987).

À sa sortie le roman déconcerte critiques et lecteurs tant il est d’un genre nouveau. Délibérément caricatural il se moque ouvertement de l’Italie fasciste : carabiniers corrompus, nobles et bourgeois complices des bandits, autorités laxistes (« Ils revinrent à Catanzaro, comblés d’honneurs, par train spécial, avec machine décorée et musique à tous les arrêts »)...

Chérau s’amuse : il intègre l’accent auvergnat (« Ch’est vrai, nous chommes cheuls ichi », « Et chi cha n’allait pas ch’ouvrir ») ; il exagère allégrement : de 2 les brigands deviennent 500 ! ; entraine son héros aux Etats Unis : « Il traverse les mers, entraîné par sa gloire qui l’avait précédé ».

Au passage il joue avec la langue et invente le terme de « Cheffissime »

Complètement atypique ce roman est assurément une lecture jouissive ; pour combattre une rentrée morose ?...

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