Publié le 06/02/2017

L’égarée sur la route

Gaston Chérau J. Ferenczi et fils (Paris) 1927

Un roman à l’eau de rose ou roman d’amour bien avant la création des éditions Harlequin en 1949 ? Oui, mais pas que…

À partir de 1901 l’abbé Louis Bethléem fiche tout livre qui paraît pour, ensuite, le recommander, l'ignorer ou le condamner. La plus répandue de ses publications Romans à lire, romans à proscrire, se vend dans les années d'avant-guerre à des centaines de milliers d'exemplaires et acquiert une influence considérable.

Voici un extrait consacré à Gaston Chérau : « La plupart de ses ouvrages, [dont L’égarée sur la route], racontent des histoires très brutales, cyniques, amères et renferment des pages odieuses contre la religion. »

Pourtant ce n’est, au départ, qu’un roman d’amour comme le résumé l’indique dans Gaston Chérau : romancier de la province française, 1872-1937, édité par le comité du cinquantenaire de la mort de Gaston Chéreau, en 1987 : « Une jeune fille, Gertrude, soupçonne sa mère, Rose Againe, une veuve élégante et belle, d'entretenir une liaison avec un peintre célèbre, le quadragénaire Bertrand Gallois, un homme d'expérience pour lequel elle éprouve elle-même une vive passion. La double jalousie qu'elle nourrit alors met en péril la vie sentimentale de sa mère, mais aussi son propre avenir. Cependant, les amours de Bertrand et de Rose sont inattaquables, indestructibles, cimentées par la volupté parfaite, la prédestination physique... Gertrude, sur le point de rater son mariage, sera remise sur le droit chemin par Bertrand Gallois lui-même qui saura également préserver l'affection filiale entre la mère et la fille. »

Dans sa critique de l’ouvrage, A. Thérive (cité dans Gaston Chérau : romancier de la province française) écrit en 1927 : « On peut faire honneur à M. Chérau d'avoir renouvelé ainsi le sujet, de lui avoir enlevé jusqu'au soupçon de romanesque : les mêmes épisodes qu'il nous conte, petits mensonges surpris, visites inutiles, explications manquées, tous restent dans la vraisemblance que la vie privée perd rarement pour s'élever au tragique. Cela n'empêche que tout le récit ne soit robuste, net, dépouillé, sans jamais rien d'oiseux ni de médiocre. Pour un roman mondain, la gageure était difficile à tenir. »

Alors, qu’est-ce qui chagrine tant l’abbé Bethléem ?

En épigraphe à l'édition de 1927 : « Je suis d'avis que le plus grand amour est celui qui éclate à l'époque où l'homme et la femme ont pris l'absolue conscience de leur liberté individuelle. Il faut qu'ils soient dégagés des liens de l'éducation qu'on leur a imposée ; il faut qu'ils soient en état de prendre pour ce qu'elles valent les foudres de certaines morales qui attribuent au corps le pouvoir de perdre l'âme par ses joies et de la sauver par ses souffrances. »

Hymne à l’amour libre et total, à la jouissance, ce roman faussement mondain se lit comme un roman d’éducation amoureuse, bien éloigné de la morale religieuse en vigueur une bonne partie du XXe siècle.

Rédacteur : Bruno Essard-Budail

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