Publié le 28/03/2018

L'Horizon chimérique

Jean de la Ville de Mirmont 1920

Jean de la Ville de Mirmont est l’illustration parfaite d’un véritable gâchis. Pas à cause de sa personnalité ou de son talent mais parce que des décideurs avait pour lui un autre dessein...

Né dans une famille protestante bordelaise, il était le fils d'un professeur de lettres reconnu pour ses traductions de Cicéron qui fut conseiller municipal de Bordeaux.
À 22 ans, Jean s'installa à Paris où il retrouva son ami d'enfance François Mauriac. Il occupa un emploi de fonctionnaire à la préfecture de la Seine où il était chargé de l'assistance aux vieillards.

Sa bibliographie est courte : un volume la rassemble. On compte un roman : Les dimanches de Jean Désert (1914, réédité en 2011 aux éditions Cent pages), des contes (édités dans Les clefs du patrimoine écrit, saison 2, par le Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes cette année), quelques lettres de guerre et enfin des poèmes, dont le recueil L’Horizon chimérique.

Publiés à titre posthume en 1920, L’Horizon Chimérique révèle un poète dont l’inspiration et la musicalité n’est pas sans rappeler Charles Baudelaire. Ses poèmes montrent un jeune homme, curieux du monde qui l’entoure, épris de rivages lointains et homme de lettre en devenir..

Mon désir a suivi la route des steamers

Qui labourent les flots d’une proue obstinée
Dans leur hâte d’atteindre à l’horizon des mers
Où ne persiste d’eux qu’une vaine fumée.

Et comme chez Baudelaire (Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.) un parfum d’exotisme est omniprésent :

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.

Les fins observateurs de la vie littéraires (dont François Mauriac) remarquent ce jeune poète que le temps bonifie. Mais, mais, mais...

En 1914, les donneurs d’ordres (généraux, industriels, évêques, gouvernants) mus par un nationalisme revanchard et néanmoins mercantile, depuis leurs confortables bureaux, déclenchaient la « grande boucherie », loin, bien loin, de la souffrance qu’ils allaient occasionner à ceux qu’ils envoyaient sur le terrain.

Jean de la Ville de Mirmont fut mobilisé avec le grade de sergent au 57e régiment d'infanterie. Il mourut enseveli par un obus en novembre 14, sur le Chemin des Dames. Il n’avait pas 27 ans.

Prévenant il avait écrit :

ÉPITAPHE

Un peu plus tôt, un peu plus tard,
Lorsque viendra mon tour, un soir,
Amis, au moment du départ,
En chœur agitez vos mouchoirs !

Un peu plus tard, un peu plus tôt,
Puisqu'il faut en passer par là,
Vous mettrez sur mon écriteau :
« Encore un fou qui s'en alla ! »

Nom des établissements de la région qui possèdent un exemplaire

Bibliothèque Mériadeck de Bordeaux

Médiathèque de Bayonne (version de 1928 - éd. Grasset)