Publié le 16/10/2018

La négresse blonde

Georges Fourest 1909

Cannibale, mais ingénue, elle est assise, toute nue, sur une peau de kanguroo, dans l'île de Tamamourou ! Telle est la négresse blonde de Georges Fourest. Avec elle, embarquez pour un voyage débridé en poésie...

Son œuvre sans doute la plus connue est La Négresse blonde. Publiée en 1909, elle fait l'objet d'un véritable culte, sa folie a traversé les mers et le temps. On raconte qu'après avoir lu ce recueil de poèmes truculents un médecin de Rio de Janeiro fit oxygéner, pour la blondir, la chevelure de ses deux servantes noires ! C'est dire le pouvoir de contagion du comique de Fourest, anarchiste de la rime. Qu'il parodie Hugo ou Corneille (c'est lui qui fait dire à Chimène : « qu'il est joli garçon l'assassin de Papa ! ») ou caresse en ricanant ses souvenirs, cet acrobate de la langue nous entraîne dans son cirque de mots rares et crus, de métaphores précieuses ou bouffonnes, sous le fouet de délires sexuels hilarants.

Joseph Savary le décrit ainsi : « Ce fantaisiste impénitent, à la silhouette d’officier ratapoil, est doublé – ô ces contrastes ! – d’un éminent jurisconsulte. Georges Fourest est inscrit au barreau d’une Cour d’Appel et partage son temps entre Dalloz et les Contes d’Edgar Poe. Amoureux fervent de l’excentrique et de l’invraisemblable, ses livres préférés sont Gulliver, Don Quichotte, les Odes Funambulesques de Banville, les Amours jaunes de Tristan Corbière, les Complaintes de Jules Laforgue. Bouvard et Pécuchet, Tribulat Bonhomet, Scarron, Henri Heine, sont ses compagnons de tous les jours, et, à lire cette énumération où manque, peut-être, le Livre des Snobs de Thackeray, on ne s’étonnera pas, s’il s’apitoie, que ce soit sur des Sardines à l’huile et s’il est amoureux, que ce soit d’une Négresse blonde... »

(La Province nouvelle n°13, mai 1897)

 

En avant-goût voici la description de la négresse blonde :

Selon la mode Papoua,
sa mère, enfant la tatoua :
en jaune, en vert, en vermillon,
en zinzolin, par millions,
oiseaux, crapauds, serpents, lézards,
fleurs polychromes et bizarres,
chauves-souris, monstres ailés,
laids, violets, bariolés,
sur son corps noir sont dessinés,
Sur ses fesses bariolées
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé...

Georges Fourest, né à Limoges en 1864, suit des études de droit à la faculté de Toulouse, puis de Paris, mais n'exerce pas son métier d'avocat, se déclarant lui-même « avocat... loin la Cour d'appel ». Fréquentant les cercles symbolistes et décadents, il collabore à plusieurs revues dont L'Ermitage. Il se targue de pouvoir « incague[r] la pudeur » et « convomi[r] le bon goût ».

Il est l'auteur de deux recueils de poèmes, nourris entre autres des œuvres de grands auteurs comme Corneille, Racine, Hugo, parodiés de manière burlesque, voire gaillarde. Il se place ainsi dans la lignée de Rabelais et des poètes du début du XVIIe siècle. Il contribue également à des revues limousines, comme Limoges Illustré.

Source Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Fourest

Claude Bonnefoy raconte une anecdote à son sujet : « Amoureux des Belles-Lettres, il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques. »

Il meurt à Paris le 25 janvier 1945.

 

Document consultable sur place à la BFM Limoges.

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