La Route de l’or bleu François Blanchard Daniel BERNARD

L'essai

Depuis l’Antiquité, des bleus extraordinaires se côtoient à Constantinople : le bleu des caravanes de la soie, le cobalt de Samarkand, l’anil qui donne son nom au Nil d’Egypte, l’indikon de Grèce qui donnera l’indigo. Bizarrement, tous ces bleus s’arrêtent aux portes de l’Europe.

Au Moyen Âge, un bleu flamboyant rivalise avec la bannière verte de l’Islam triomphant, la cour de France s’habille de “ bleu roi ” et la Vierge de “ bleu marial.” Le pathétique et déchirant désespoir des peintres et des écrivains ne tarde pas à s’ouvrir au romantisme et à son “bleu à l’âme” fécond.

Au XVIe siècle, des volets bleus apparaissent aux fenêtres des îles de l’Atlantique. Partout, sauf dans l’Île de Ré où les volets restent verts. Sans doute l’usage, l’histoire, le hasard ont-ils poussé les insulaires à peindre leurs volets comme on brandit un étendard. Mais d’où proviennent ces couleurs bleues et vertes, jusque-là inconnues sur le littoral ?

Le pastel voit enfin le jour à Toulouse. Unique en Europe, ce bleu féerique va fournir aux navigateurs bretons l’occasion de se sublimer. Les Bigoudens de Penmarc’h, pour qui la couleur n’est pas un métier, vont braver l’océan et se lancer sur la plus incroyable route qui n’ait jamais existé : de Toulouse à Anvers par Bordeaux et La Rochelle et partir à l’assaut du monde.

Le voile peut enfin se lever sur le mystère de la « Route de l’or bleu. »


la chronique de Dominique

En route pour un voyage dans le temps, au pays de la couleur bleue !
Le saviez-vous ? Au Moyen-âge, les européens ne portaient que 3 couleurs. Les prêtres sont habillés de blanc, les guerriers de rouge, et les paysans de noir.
Le métier de teinturier est très encadré, du fait de la pression religieuse car fabriquer des couleurs, c'est transformer ce que Dieu a créé.
Un changement s’amorce avec les croisades : les religieux recherchent une couleur qui puisse rivaliser avec les étendards verts musulmans. La couleur bleue obtient le consensus de tous.
Mais l’indigo ne parvient pas en Europe et c’est à Toulouse qu’on va découvrir et produire la fleur : la guède appelée pastel. Cette plante est la seule source de coloration bleue pour les tissus du 15ème à la fin du 16ème siècle, en Europe.
On l’appelle aussi « bleu charrette » et elle a des propriétés fongicides et répulsives qui permettent de peindre les charrues, les volets et les portes.
Sa production très difficile, très recherchée en fait un article de luxe : l’or bleu.
Petit à petit, la route maritime de l’or bleu s’instaure de la Garonne à Anvers. C’est un commerce florissant.
Au début du 17ème siècle, l’indigo d’Amérique, « le bleu des iles » concurrence et prend très vite la place du pastel. Il est bien plus facile à fabriquer, tient beaucoup mieux aux lavages et au soleil, et son processus de fabrication est simple et rapide.
La route commerciale maritime passe désormais par Nantes, Marseille pour approvisionner toute l’Europe.
En 1850, un tailleur de New-York ( Levi-Strauss ) invente le 1er bleu de travail taillé dans une grosse toile, teintée à l’indigo.
Le 1er jean est né !

Les auteurs

Daniel Bernard est né en 1948 à La Rochelle et s'est très vite installé sur l'île de Ré. Petit, il suivait ses chemins, les peintres Chapelain-Midy, Louis Suire, qui l'ont inspiré. Après avoir été propriétaire de l'Auberge de la marée, Daniel Bernard, se consacre, depuis 2000, à l'écriture. Daniel Bernard est aussi peintre.

François Blanchard, le photographe, est originaire de l'île de Ré, journaliste et grand reporter à France Télévision, il est l'auteur de beaux livres et plus particulièrement sur les oiseaux.