Publié le 12/09/2016

Le monstre

Gaston Chérau Paris : P.V. Stock 1913

Ici, pas de jolis pastoureaux ou de gentilles bergères. Chez Gaston Chérau, la vie dans les fermes est rude et violente, même la foi est amorale…

Né à Niort en 1872, Gaston Chérau, « écrivain de la province française », est trop méconnu aujourd’hui. Il aura pourtant eu l’estime des plus grandes plumes : Maurice Genevois, Apollinaire, Jules Renard, Octave Mirbeau, Joris-Karl Huysmans… Membre de l’académie Goncourt à partir de 1926, directeur littéraire des éditions Ferenczi, reporter et responsable de la rubrique des « Contes du Matin » dans le journal du même nom, il eut l’occasion d’encourager de jeunes écrivains comme Irène Némirovsky. Son écriture « naturaliste » s’attache à décrire les milieux de la paysannerie et de la bourgeoisie rurale. Elle met en scène la pesanteur des mœurs et l’hypocrisie des relations sociales. Mais Chérau sait surtout montrer des personnages terriblement humains. Sans caricature ni exotisme, il donne à voir ce que chacun peut saisir de la vie en société mais rejette toute idée de démonstration ou de moralisme. La matière de Chérau est pourtant toute romancière, faite de drames, de sentiments et de destins tragiques. Elle donne aux femmes une place prépondérante dans une société rurale dont les valeurs patriarcales commencent à se fissurer. Le ressort dramatique de ses œuvres en est à la fois plus intense et plus authentique.

Le Monstre, paru en 1913, est l’un de ses premiers textes et sans doute le plus connu. Il fait régulièrement l’objet de rééditions (dernièrement publié en 2011 par l’Arbre Vengeur et traduit en Ukrainien en 2014). Chérau estimait qu’il s’agissait de son « œuvre la plus parfaite ». Elle fut d’ailleurs soigneusement réécrite par son auteur à l’occasion des différentes rééditions. Issu d’une longue observation des campagnes poitevines et berrichonnes, le décor du Monstre est façonné par l’hypocrisie morale des villages où « les trois quart des naissances sont bancales ». Quand la cruauté, la licence et l’impunité font le quotidien, la monstruosité de l’inceste donne à chacun un objet commode d’opprobre. C’est ainsi que le Monstre met en scène une descente aux enfers où une communauté désigne des boucs émissaires pour maintenir son équilibre et justifier ses contradictions. Le pessimisme du récit est d’autant plus marquant que la mise en scène est authentique et profondément humaine. Tout le talent du grand écrivain réside dans cette capacité à marier la noirceur de la tragédie et vérité de la condition humaine.

Rédacteur :  Geoffroy Grassin (médiathèque Pierre-Moinot de l’Agglomération de Niort)

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