Publié le 07/03/2017

Le Pot-au-Noir

Louis Chadourne Albin Michel (Paris) 1923

Au début des années 1920 Louis Chadourne un voyage aux Caraïbes et en Amérique du Sud. Il en tire un récit haut en couleurs et sans concessions.

Dans le Voyageur étonné (1928) Adolphe Retté écrit : « Mort en pleine jeunesse — et c'est fort regrettable — Louis Chadourne laisse un volume, intitulé le Pot au noir, qui raconte un voyage aux Antilles, en Guyane, au Venezuela. En des chapitres brefs, mais où il résume tout l'essentiel, il dit la nonchalance créole et l'hébétude farouche des forçats. Il nous présente des figures d'aventuriers grotesques ou sinistres. Il nous montre « les îles, les comptoirs parfumés de l'odeur des épices et du bois de rose, les palmes balancées dans l'azur ou givrées de clair de lune, les cases fleuries d'hibiscus, la foule bariolée des docks, les Chinois vêtus de soie noire, les Hindous au visage incrusté d'or, les Malais jaunes aux yeux brûlants, les Européens creusés de fièvre, les négresses aux madras orange, toutes les races grouillantes dans la dure lumière des Tropiques, avides ou résignés, indolents ou passionnés, doux ou cruels — tous voués au même destin ».

Louis Chadourne, né à Brive en 1890 fut un écrivain d’aventures, à l’image de Blaise Cendrars ou de Pierre Mac Orlan capables d’exprimer l’inquiétude « des temps où nous vivons » comme l’a dit ce dernier. Il connaissait la gravité du mal qui l’avait, en 1915, à la suite d’une commotion par obus et d’un ensevelissement prolongé, conduit pendant de longs mois d’hôpital en hôpital. Il se savait marqué par la mort : toute son œuvre témoigne de cette hantise, exprime sa hâte à vivre, de mourir sans avoir connu la plénitude de l’existence.

Une œuvre nécessairement brève mais d’une ardente intensité dont les nouvelles réunies dans Le Conquérant du Dernier jour rééditées en 2006 par L’Arbre vengeur.

Dans Le Pot-au-noir Louis Chadourne relate son voyage en paquebot dans les Caraïbes et l’Amérique du sud au début des années 1920. Bien loin du tourisme exotique il nous offre un point de vue terrible mais profondément humain : « J’ai vu les cités bâties par les marchands sur les bords des mers lointaines, sur des rivages enfiévrés où seule une cupidité tenace peut enchaîner l’homme blanc ; la diversité des coutumes et l’uniformité des passions ; les vaines agitations des coureurs d’aventures, la ruée vers l’or, la cruauté des primitifs et celle, plus dangereuse, des civilisés ; la mêlée des haines, des convoitises, des superstitions, sous ce soleil tropical qui chauffe le sang et qui illumine brutalement le dessous de l’âme humaine, de même que le faisceau d’une lampe projeté sur un visage en révèle les tares secrètes. J’ai vu ces terres chaudes où règne l’ennui, où l’alcool et l’opium offrent aux nostalgies leurs hallucinants refuges. J’ai découvert maints visages où se reflètent la folie et la sagesse, la haine et l’amour, dont les traits, sous tous les cieux, sont les mêmes. J’ai vu la vaine frénésie des hommes se débattre sous la voûte des forêts et le long des rivières chaudes, au cœur même de cette nature qui brasse indifféremment dans son éternité la vie, la douleur et la mort. »

rédacteur : Bruno Essard-Budail

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