Publié le 05/10/2017

Les Malheurs de John Bull

C. Marpon et E. Flammarion (Paris) 1884

Avec ce livre d’aventure et de vengeance implacable Camille Debans nous entraine dans un foisonnement étourdissant digne des grands romans d’anticipation.

Camille Debans est né à Caudéran le 10 mai 1834 et mort en 1910. Il abandonne très vite son travail d’employé de banque pour s’orienter vers le journalisme : il collabore au Figaro, à la Revue internationale, à Le Temps ; en 1871 devient directeur du Moniteur. Puis il s’oriente vers l’écriture, « le plus souvent dans une veine sociale de type feuilletonesque, qui inclut des éléments criminels » (Marie Palewska in Dictionnaire du roman populaire francophone, Nouveau monde éditions, Paris, 2007).

Il publie aussi des romans d’aventure destinés aux jeunes, d’autres fantastiques ou humoristiques et en 1884 une petite perle anglophobe ; Les malheurs de John Bull.

Il imagine, ni plus ni moins, qu’un homme seul (de nationalité française) déclare la guerre à la perfide Albion représentée par John Bull. John Bull étant le nom d'un personnage symbolisant le Royaume-Uni, et plus précisément l'Angleterre, ou encore l'Anglais typique. Son nom signifie « Jean le Taureau ». C’est un bourgeois grassouillet portant un chapeau haut-de-forme et dont le gilet est taillé dans un Union Jack. John Bull est l'homologue de l'Oncle Sam ou de Marianne.

Grâce a une présence d'esprit extrêmement rare, Maxime Darmozan, sauve le steamer sur lequel il est embarqué. Mais un lord anglais, imbu de sa condition, le traite avec mépris et lui refuse la main de sa fille. Le jeune homme promet de se venger en s'attaquant à l'Angleterre et à sa puissance coloniale, économique et navale.

« — Ecoutez-moi, reprit Maxime, je veux faire la guerre à l'Angleterre. Ne me prenez pas pour un fou. Si je vous expliquais mon plan, vous tomberiez vite d'accord avec moi que le succès est possible. »...

Il va alors mettre toute son énergie dans l’aventure.

C’est là que l’imagination débridée de Camille Debans déroule une mécanique implacable pour résoudre tous les problèmes : trouver de l’argent (beaucoup), recruter une armée (en utilisant les tensions induites par le système colonial anglais), fonder un pays, un royaume (puis un empire) et accessoirement battre la marine britannique (et au passage « venger » Trafalgar), lier des alliances avec les ennemis de l’Angleterre (ce qui ne manque pas) et enfin tendre vers son but initial (ah, l’amour !).

Le livre repose sur un sentiment anglophobe très présent à cette époque : Camille Debans l’assume complètement et enfonce le clou dans son post-scriptum : « Je ne suis point hypocrite ni diplomate ; et puisque le mot franchise a pour origine le nom même de notre pays, je le déclare franchement : oui, je déteste les Anglais, je les déteste comme gouvernement, comme peuple et comme hommes.[...]. Les Anglais se sont répandus sur tous les continents comme les sardines dans toutes les mers, par bancs. En France seulement ils sont légions : il y en a un banc à Boulogne, un à Dunkerque, un à Fécamp, un à Dinan, un en Touraine, un à Nice, un à Cannes, un à Montpellier, un à Pau, un à Arcachon., etc., etc... ».

Reste que Les malheurs de John Bull se lit avec un réel bonheur (que n’empêche pas la mauvaise foi).