Publié le 05/03/2019

Paille noire des étables

Louis Parrot 1944

Louis Parrot n’a vécu que 42 années mais a eu cent vies : coursier, libraire, poète, romancier, biographe, essayiste, bibliothécaire, journaliste, traducteur français. Ce fût aussi un grand résistant. Bizarrerie de l’histoire : aucune place, rue, bâtiment, poitevin ne porte son nom.

D’origine modeste, Louis Parrot ne peut poursuivre de longues études et c'est en autodidacte qu'il acquiert une culture suffisante. Il est mis en apprentissage dès 12 ans et est coursier puis commis avant de devenir responsable du département littéraire d'une librairie de Poitiers.

Il publie à 15 ans son premier recueil de poèmes, Ode à Minerve meurtrière, avec lequel il remporte le prix de poésie des Jeux Floraux de Touraine, puis écrit deux autres recueils les années suivantes, tous empreints du symbolisme en vogue à l'époque. S'ensuivit une période de correspondances avec René Char et Pierre Reverdy qui l'amène à changer et personnaliser son style, une transformation patente à la publication de Misery farm.

À Madrid, où est bibliothécaire à l’Institut français, il rencontre de nombreux poètes espagnols et fait la connaissance de Paul Éluard. Ils traduisent ensemble l'Ode à Salvador Dalí de Federico Garcia Lorca. Il traduit également La Révolte des masses du philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1937).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Parrot est un homme de lettres résistant : il participe aux nécessaires publications clandestines des éditions de Minuit, notamment au recueil L'Honneur des poètes. De 1940 à 1944, sa maison est un lieu de passage et de résistance pour les intellectuels. En mai 1944, il publie chez Pierre Seghers une monographie sur Paul Éluard, premier des ouvrages de la célèbre collection « Poètes d'aujourd'hui » ; suivront Garcia Lorca et Blaise Cendrars.

À la fin de l'année 1945, il publie le premier ouvrage panoramique sur la résistance intellectuelle et artistique pendant l'Occupation, L'Intelligence en guerre.

À la reparution du journal dirigé par Aragon « Ce Soir » en 1944, il est appelé pour être le rédacteur en chef (il retrouve Jean-Richard Bloch qui est directeur de la publication) et rédige pratiquement seul le n° du 22 août. Il dirige également l'Éternelle Revue, revue littéraire fondée par Paul Éluard qui le nommait « Mon ami parfait » ; il partagea entre autres cette amitié avec García Lorca, Pablo Picasso, Jean Cocteau, Jean Dubuffet, Jean-Richard Bloch et Albert Camus.

En 1944 paraît à Genève puis en 1945 à Paris, chez Robert Laffont, un petit roman sur la résistance : Paille noire des étables. Ce court roman, un des plus significatifs de ces années de plomb, raconte la fugitive rencontre entre un résistant et une jeune prostituée, dans une ville morte et accablée : « Chaque jour, des exécutions d'otages ensanglantaient la ville. Ici, c'était un homme qu'ils avaient abattu sur le trottoir, parce qu'il ne répondait pas assez vite à leurs sommations. De cette fenêtre, un Juif s'était jeté dans le ruisseau lorsque la police était venue le prendre. On avait entendu les cris de la femme et des trois enfants, puis la chute d'un corps,... »

Auteur injustement oublié (à quand une rue Louis Parrot dans la capitale poitevine ?) son style n’a pas perdu une ride et ses romans graves mais généreux, sont porteur d’espoir ; ils résonnent aujourd’hui comme des lendemains qui chantent : « La liberté [...] c’était pour l’atteindre qu’il avait choisi le chemin le plus difficile. Traqué par les occupants, Élie était un homme libre, comme tous ceux qui avaient refusé de se soumettre à leurs lois. » (Paille noire des étables).

Sources Wikipédia

Etablissements de la région qui possèdent un exemplaire empruntable

Médiathèque François-Mitterrand de Poitiers

L'annuaire CLL