Publié le 11/04/2017

Quelle étrange histoire...

Jean Galmot Éditions et librairie (Paris) 1918

Aventurier, homme d’affaire, député et … écrivain. Jean Galmot ne laissait pas indifférent au point que Blaise Cendrars lui consacra un de ces plus fameux roman : Rhum.

Chercheur d’or en Guyane en 1906, Jean-Galmot a alors 27 ans. Il fait rapidement fortune mais plutôt que de se rapprocher des notables il s’associe avec le petit peuple guyanais en lui garantissant des prix d’achat pour l’or et le bois de rose puis avec les petits producteurs de rhum face aux gros exploitants. Elu député en 1919 il est rapidement inculpé pour escroquerie et fera 9 mois de prison. Blaise Cendrars racontera cette injustice dans Rhum : l’aventure de Jean Galmot paru en 1930 et le personnage inspirera aussi Louis Chadourne avec Terre de Chanaan (1921).

Sa mort subite en 1928, sans doute par empoisonnement donnera lieu à de violente émeutes.

Entre temps Jean Galmot a écrit deux romans remarqués et sans cesse réédités : Un mort vivait parmi nous en 1922 et quelques années auparavant Quelle étrange histoire

Dans L’Ami du lettré, Jean D’Orsenne note : Quelle étrange histoire est un admirable poème à la gloire de la mer et de la jungle guyanaise […]

La première partie du roman relate la traversée de l’Atlantique sur un paquebot, monotone et parfois angoissante lorsque surviennent des tempêtes. Le narrateur rencontre une femme blonde et mystérieuse dont la présence suscite le désir du narrateur et des officiers. Elle a une liaison avec le médecin du bord, épileptique et dépendant à l’éther, qu’elle délaisse bientôt pour le narrateur avant de le fuir.

La seconde partie se déroule au milieu de la forêt équatoriale de Guyane française où le narrateur, devenu chasseur et chercheur d’or, prend part à une poursuite de cette femme, en compagnie des Saramacas et de Lily, la jeune indienne qui vit à ces cotés. De prime abord le texte se situe entre roman maritime et le roman exotique. Mais la conduite décalée du récit lui confère un caractère moderne et original en rupture totale avec les récits de voyages alors en vogue à cette période : « Des cloches et du vent dans les palmiers. Le soir accablé vient si lentement que la nuit le gagne déjà. La nuit tombe sur la lumière rouge du soleil couchant comme un rideau de théâtre ». L’abondance et la qualité des descriptions de la mer et de la jungle, les dialogues entre le Bateau et la Mer, l’évanescence des personnages ont conduit les contemporains à parler d’une prose poétique, dont les thèmes et le lyrisme semblent annoncer les poèmes de Saint-John Perse, selon un rapprochement souvent effectué.

Rédacteur : Bruno Essard-Budail

Nom des établissements de la région qui possèdent un exemplaire empruntable :

Bibliothèque Mériadeck de Bordeaux

Médiathèque Michel-Crépeau de l’Agglomération de La Rochelle

L'annuaire CLL