Publié le 05/11/2015

Semailles coloniales : L'Administrateur colonial, son rôle social et moral

Semailles Coloniales René Saint-Clair G. Clouzot (Niort) 1909

Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace et de la Lorraine, le nécessaire exutoire français est trouvé dans l’aventure coloniale. Jules Ferry « un des premiers, comprit que le pays devait se tourner vers d’autres horizons. La solution de rechange, c’était la politique d’expansion coloniale qui devait permettre à la France de retrouver son rôle de puissance »1.

Léon Blum, qui, ironie de l’aménagement urbain, donne son nom au nouveau viaduc qui jouxte à Poitiers le monument honorant la « mémoire » des coloniaux, affirmait pour sa part : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l'industrie ».

Les gouvernements successifs s’engagent dans une politique de colonisation volontaire allant jusqu’à créer une école coloniale destinée à former les futurs administrateurs des contrées lointaines (et sauvages). René Saint-Clair dont le but est de rendre les administrateurs plus compétents note : « De l'avis de nombreuses personnalités dont nous avons, au cours de nos voyages, recueilli l'avis, l'École Coloniale assure au jeune homme le droit d'être nommé à sa sortie Élève-Administrateur, mais ne le prépare aucunement à jouer un rôle social et moral aussi complexe que celui qui incombe à l'Administrateur colonial ».

Sans trop se soucier du statut de l’indigène ! (Le Code de l'indigénat fut adopté en 1881. En 1887 le gouvernement français l'imposa à l'ensemble de ses colonies. Il s'agissait d'un recueil de mesures discrétionnaires destiné à faire régner le « bon ordre colonial ». Le Code distinguait deux catégories de citoyens : les citoyens français et les sujets français, c’est-à-dire les Africains, les Antillais, les Mélanésiens, etc.)2.

« Le cerveau de l'indigène est un cerveau d'enfant qu'il faut impressionner » écrit René Saint-Marc pour justifier le rôle prépondérant de l’administrateur colonial.

Aujourd’hui Semailles coloniales a au moins un mérite : celui de témoigner d’une époque révolue (ses dernières manifestations légales ont disparues avec la fin de l’Apartheid en 1991) mais dont les effets sont encore présents. À ce sujet lire Le discours sur la dette de Thomas Sankara3 offre une analyse historique de la colonisation et ouvre des portes pour le futur.


1- Jean Ganiage, L'Expansion Coloniale et Les Rivalités Internationales..., Centre De Documentation Universitaire, 1975
2 - Code de l’indigénat
3 - Thomas Sankara

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Ce document imprimé par G. Clouzot, libraire-éditeur à Niort (79) en 1909 expose sans fioriture le rôle indispensable de l’Administrateur colonial. Il faut le re-situer à cette époque de la toute puissance coloniale française pour en apprécier son étonnante pédagogie : l’Administrateur n’est-il pas « le père et la mère de l'indigène » ?

L'annuaire CLL