Publié le 10/10/2016

Un coutumier du Poitou

Joseph Boucheul A Poitiers. Chez Jacques Faulcon, libraire-imprimeur du Roy. 1727

Par ce bel ouvrage orné d’un portrait gravé de qualité, Joseph Boucheul, en 1727, donna accès aux coutumes (à l’ancien droit oral) du Poitou et à ses commentaires.

Les coutumes étaient à l’origine du droit oral. Elles s’appliquaient sur un territoire limité, pour une population particulière, et s’imposaient avec le temps.

Les premiers coutumiers furent rédigés en Normandie au XIIIe siècle. Puis la rédaction se poursuivit, avant que, par l’ordonnance de Montil-lès-Tours en 1454, le roi Charles VII n’ordonnât la mise par écrit de la coutume de manière officielle. C’est ainsi que la coutume perdit son caractère oral, devint moins variée, se fixa et se figea. Tout en harmonisant le droit dans un même territoire, la rédaction des coutumes permit au roi de mieux contrôler le droit privé ; la jurisprudence prit de plus en plus d’importance également. Dès le XVIe siècle, on constata qu’il fallait « réformer », c’est-à-dire corriger, les coutumes, afin de les adapter à l’évolution des mœurs ; c’est pourquoi, en 1576, Henri III demanda une refonte générale. Ce fut sans résultats. Pendant toute l’époque moderne, on continua toutefois à publier et à commenter les coutumes et à utiliser des coutumiers.

Issu d’une famille aisée et lettrée, Joseph Boucheul a étudié le droit, puis a occupé des fonctions importants au Dorat. Il forma également de jeunes avocats. Soucieux de donner un accès aisé au droit, il rédigea un coutumier général, qui était une analyse approfondie de la coutume poitevine. Pour cette œuvre très complète et facile à utiliser, Joseph Boucheul puisa dans les travaux de ses devanciers, en particulier ceux de Charles Dumoulin et Claude de Ferrière, reprenant leurs analyses et leur rendant hommage.

Le coutumier général fut publié plus de vingt ans après le décès de Jospeh Boucheul, chez le libraire-imprimeur poitevin Jacques Faulcon en 1727. L’aigle, qui est plutôt un faucon, des deux pages de titre est la marque d’imprimeur-libraire de la famille : on dit qu’elle est « parlante » car elle renvoie explicitement au nom de la famille ; mais on pourrait également être tenté de penser que ce faucon/aigle évoquait en second lieu l’auteur, surnommé de son temps « l’aigle ».

Même si certains ne le trouvaient pas assez critique, le coutumier fut très bien reçu et diffusé, comme l’atteste la présence de cet ouvrage à la BU de Poitiers en cinq exemplaires (celui qui a été numérisé a appartenu à la Faculté de droit), mais aussi sa conservation par d’autres bibliothèques universitaires de France et par les grandes bibliothèques municipales de la région (sauf Angoulême, qui ne faisait du reste pas partie du Poitou). Autre preuve de son succès, ce livre fut de nouveau édité en 1736, à Paris, chez Louis-Etienne Ganneau.

Le portrait en frontispice, gravé sur cuivre par Claude Duflos (1665-1727) peu avant sa mort, n’est pas celui de l’auteur, mais celui de Gui-André, comte de Laval, à qui cet ouvrage est dédié.

Nom du rédacteur : Anne-Sophie Traineau-Durozoy

Etablissements de la région qui possèdent un exemplaire consultable

Poitiers, Service commun de la documentation de l’Université

Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand

Niort, Médiathèque Pierre Moinot

La Rochelle, Médiathèque Michel Crépeau

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