Publié le 05/04/2016

Un repas fin de siècle

Viaud, Gabriel (dit Viaud-Bruant) impr. de Oudin (Poitiers) 1894

Gabriel Viaud, Médecin vétérinaire de l'armée, membre de la société académique d'agriculture de Poitiers et de la société botanique des Deux-Sèvres, vice-président de la société des sciences médicales du Poitou, analyse ce que mangent ses contemporains : nous sommes à la fin du XIXe siècle et l’empoisonnement n’est pas loin…

« La falsification de nos produits alimentaires atteint de nos jours de telles proportions que nous croyons utile de faire connaître les dernières créations de l'art des sophistications et les recherches fort intéressantes qui ont été tentées pour les découvrir ».
Ne nous trompons pas, ce texte n’est pas tiré d’un ouvrage contemporain. Il a plus de cent vingt ans. La malbouffe ne date pas d’hier, ni même de l’avènement de la société de consommation. On ne parlait pas encore de circuits courts, d’agriculture raisonnée et de produits bio. Pourtant Gabriel Viaud tire la sonnette d’alarme.

Imaginons un repas à la fin du XIXe selon ses études :

Apéro : « Dans le vermout et le bitter, il existe aussi un bouquet artificiel extrêmement dangereux ; c'est l'aldéhyde salicylique qui est substituée à l'essence de reine des prés ».

Entrée : « Pour les melons, on introduit à l'intérieur, au moyen d'un tuyau, de l'atropéoline, ou orange azo, en ajoutant un peu d'essence de melon ».

Plat : Un petit bœuf aux carottes ? « La viande elle-même est maquillée. Les bouchers de Bruxelles donnent de belles couleurs aux viandes de basse qualité avec l'hypophosphite de chaux ». « avouons cependant que certaines carottes fortement tirées par les cheveux sont absolument dépourvues de naturel ! »

Vin : « Pour faciliter sa conservation, on l'additionne d'acide tartrique, acétique ou oxalique ; pour lui donner de la verdeur et simuler le goût du vin nouveau, on ajoute de l'acide sulfurique ; pour communiquer un peu d'âpreté aux vins plats, on les mélange avec de l'alun on du sulfate de fer ».

Dessert : « les pâtisseries au savon sont délicieuses ; elles possèdent au suprême degré cette légèreté de pâte et ce fondant particulier très apprécié des gourmets. La proportion de savon est variable : dans les produits des foires : gaufres, beignets, choux à la crème, pain d'épice, etc., on prodigue le savon ; dans la pâtisserie de luxe, on en met un peu moins et on emploie du savon de meilleure qualité.

Café : « Le café est falsifié avec des poudres de glands doux, de figues sèches, de caroubes torréfiés ; on fabrique des grains de café avec les marcs épuisés ».

 

Et Gabriel Viaud de conclure : « Comme on le voit, il n'existe pas une seule substance alimentaire qui ne soit falsifiée ». Bon appétit quand même…

 

Rédacteur : Bruno Essard-Budail

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