France II, Un voilier pour rêver Yolande Oria Caroline Degroiselle (illustrations)

Sentir le vent

La mer et l'air mêlés en une seule force
S'acharnent à tribord et soulèvent la coque
Les hommes bandent leur muscles et bombent le torse
Pour corriger la gîte avec les gestes ad hoc
Sentir le vent dans la toile tendue agir
En marin averti qui devine à la paume
Quel cordage saisir pour rendre tel effet
Evaluer du voisin de labeur son geste
Ajuster le sien entente manifeste
Dextérité partagée tacite intérêt
À servir le cinq-mâts quel honneur
Se jouer du vacarme de l'eau violette
Redresser le bateau sans craindre la rumeur
Des vents et des flots en leur terrible alliance
Faire front dans une admirable connivence
Coudoyer son prochain veiller sur lui en coin
Voir si dans la mâture il n'a besoin de rien
C'est vite fait d'être gabier et de tomber
Sur les vergues givrées les pieds peuvent glisser
Et les doigts gelés peuvent vous faire lâcher
Là-haut on ne tient pas de conversations
Mais trois mots simplement lancés « Ça va t'y, gars ? »
Peuvent jeter un sort à l'engourdissement
Ramener à lui un matelot défaillant
Tient à un fil parfois celui de l'attention
Qu'on a pu lui porter sur le mât d'artimon

6 juin 2014

La Découvrance, maison d'édition indépendante de livres de littérature de voyage et maritime, de beaux livres sur l'Art brut.